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La seconde vie des « Ejectés »

Tous les deux ans, à l’occasion du salon du Bourget, se tient la soirée des « Ejectés », qui rassemble les pilotes de chasse ayant eu la vie sauve grâce à… leur siège éjectable. Le général William Kurtz, ancien pilote de chasse et Président-Directeur Général de Safran Martin-Baker France*, spécialisée dans la fabrication de sièges éjectables, nous explique leur fonctionnement.

Comment se déroule une éjection ?

William Kurtz : Tout se déroule progressivement grâce à une chaine pyrotechnique : une cartouche vient initier des fusées placées le long du siège, qui permettent d'extraire le pilote du cockpit, et ce en quelques secondes. Dans le système d'éjection, cette chaîne pyrotechnique est également reliée au reste de l'avion. Lorsque le pilote tire sur la poignée, trois actions se déclenchent simultanément : un rappel de harnais pour plaquer ses épaules et ses jambes contre le siège, la fragilisation de la verrière grâce à des cartouches qui explosent à la base des vitres et la percussion de la cartouche qui initie le mouvement du siège et allume les fusées.

William Kurtz

En tant qu'ancien pilote de chasse, vous êtes-vous déjà éjecté ?

W.K. : Je n'ai jamais eu à m'éjecter. La seule fois où j'ai voulu sortir d'un avion, c'était d'un Fouga Magister… Mais cet avion n'est pas équipé de siège éjectable ! 

Tous les pilotes de chasse pensent constamment à cette éventualité, et ils sont entraînés pour cela. Dès le début de leur formation, ils s'entraînent au saut en parachute. Ensuite viennent les exercices en simulateur pour bien assimiler les gestes à faire dans cette situation. C'est un point très important, car c'est une position précise qui permettra de limiter les traumatismes lors de l'éjection : se tenir droit, la tête bien fixe, le dos au fond du siège, et les membres collés au corps. En effet, dans le cas contraire, les bras ou les jambes pourraient être arrachés au moment de l'éjection ! Désormais, il existe des systèmes de rappel pour les jambes et les bras qui sécurisent le corps contre la violence du souffle à 600, voire 800 km/h ! Rappelons également qu'un pilote qui s'éjecte de son avion subit une accélération verticale pouvant aller jusqu'à 18 g (soit autant de fois son poids), qui peut avoir pour conséquence de tasser sa colonne vertébrale et de diminuer sa taille de plusieurs millimètres.

 

D'où vient cette tradition de la soirée des « Ejectés » ?

W.K. : L'éjection est une expérience traumatisante, dans la mesure où elle suit une perte de contrôle de l'avion. Le fait de se remémorer cette expérience se rapproche de la thérapie de groupe : toutes ces personnes se retrouvent pour échanger autour d'une histoire commune. La seconde vocation de cette soirée est de permettre au fabricant de rencontrer tous ces pilotes. Ce sont en effet les retours d'expérience des pilotes qui permettent d'apporter des améliorations au siège éjectable, dans deux domaines : l'éjection à proprement parler, que l'on peut optimiser notamment par une meilleure maîtrise de la chaîne pyrotechnique de l'appareil, et la maintenance du siège.

 

En savoir plus sur Safran Martin-Baker France

A ce jour, plus de 7 600 éjections ont été effectuées par des sièges Martin-Baker. 707 personnes ont été éjectées par des sièges Safran Martin-Baker France depuis sa création en 1959.

 

 

*Société commune 50/50 entre Safran et Martin-Baker Aircraft Co.Ltd, Safran Martin-Baker France (SMBF) conçoit, développe et produit des sièges éjectables utilisés sur tous les avions de chasse de conception française, pour plus de trente armées de l'air dans le monde. Elle fournit également des pièces nécessaires à leur maintenance.

 

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