Dans l’œil du plus grand télescope au monde

D’une résolution quatre fois supérieure à celle du plus puissant télescope actuellement en service, le futur télescope européen E-ELT de l’ESO bénéficie des capacités technologiques uniques en Europe de Reosc (filiale de Sagem) dans le domaine des miroirs de haute performance.

Avec près de 39 mètres de diamètre, l'E-ELT* sera le premier télescope terrestre capable de détecter de l'eau sur de petites exo-planètes en orbite autour d'étoiles similaires à notre Soleil. Il sera installé au nord du Chili, sur le Cerro Armazones, un site où les perturbations atmosphériques sont particulièrement faibles, rendant les conditions d'observation idéales. Ce télescope géant conçu par l'ESO** devrait entrer en service en 2024. Il sera composé de cinq miroirs : le miroir primaire (M1) segmenté de 39 m de diamètre et constitué de 798 dalles hexagonales de 1,45 m, qui aura pour rôle de capter la lumière et de la rediriger vers les miroirs secondaires M2, M3 et M4. Ce dernier, associé au miroir M5, permettra de corriger les imperfections liées aux perturbations atmosphériques aussi faibles soient-elles. « Grâce au M4, les scientifiques disposeront d'une image dont la résolution est à peu près équivalente à celle d'un télescope spatial de même diamètre, résume Thierry Batut, président de Reosc, filiale de Sagem (Safran), leader dans la conception et la production d'optiques de haute performance. Il s'agit donc de l'un des éléments les plus critiques de l'E -ELT. »

 

Un polissage de très haute précision

À la suite d'un appel d'offres international, Reosc s'est vu confier, en juillet dernier, la réalisation de l'ensemble des lames segmentées formant la surface optique du miroir M4. « Ce miroir de 2,4 mètres de diamètre en vitrocéramique est constitué de six pétales en verre de 2 millimètres d'épaisseur et d'une uniformité de surface de seulement quelques microns, précise Thierry Batut. Pour arriver à un tel résultat, nous partons d'une plaque de verre qui est polie avec précision, puis amincie progressivement jusqu'à obtenir l'épaisseur voulue. Cette opération dure plusieurs mois pour chaque pétale. Il s'agit de pièces optiques critiques, uniques au monde, que nous sommes les premiers à fabriquer. »

E-ELT
Prototype d'un segment du miroir M4

Les segments seront ensuite expédiés en Italie pour y être équipés de 5 200 actionneurs. Ces petits actuateurs doivent faire osciller extrêmement rapidement la surface du miroir, afin de compenser ces fameuses imperfections atmosphériques. « Notre capacité à transporter des pièces aussi fragiles constitue également un savoir-faire essentiel, estime Thierry Batut. Nous avons dû évaluer le niveau de vibration selon les modes de transport et démontrer notre capacité à réaliser une telle opération. »

 

E-ELT
Modèle numérique du module M4 de l'E-ELT

Une expertise éprouvée

Prochaine échéance pour Reosc : l'appel d'offres pour la réalisation des 798 segments du M1. « En 2003, nous avions déjà produit des éléments assez similaires pour le Gran Telescopio Canarias, le plus puissant télescope actuellement en service, rappelle Thierry Batut. Nous avons aussi fourni à l'ESO sept segments prototypes pour l'E-ELT, démontrant ainsi notre capacité à tenir les spécifications de l'observatoire. Nous sommes donc bien positionnés pour répondre à cet appel d'offres. » Cela signifierait pour Reosc de fabriquer près d'un segment par jour… et de produire toutes les pièces en trois ans !

 

 

 

 

* European Extremely Large Telescope – Télescope Européen Extrêmement Grand

** European Southern Observatory - Observatoire européen austral

 

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