Safran dans l'espace

La première semaine de décembre a été décisive pour les activités spatiales de Safran. Le 2 décembre, le Conseil Ministériel de l’Agence Spatiale Européenne (ESA) décidait de lancer le nouveau lanceur européen Ariane 6. Le 3 décembre Airbus et Safran signaient un accord pour la création de leur joint-venture Airbus Safran Launchers, un enjeu majeur pour l’industrie spatiale européenne dont Safran est un acteur de premier rang. L’éclairage de Jean-Lin Fournereaux, Directeur central Groupe, Espace.
Vue d’artiste de la configuration Ariane 6 avec 4 boosters (A64)

Quelles sont les conclusions de la réunion ministérielle du Conseil l'ESA qui s'est tenue le 2 décembre dernier à Luxembourg ? 
La décision de développer le lanceur Ariane 6 a été entérinée par les ministres européens de la Recherche, qui ont décidé d'engager le programme pour un premier lancement en 2020. Ariane 6 est le fruit de la vision commune des acteurs institutionnels (CNES, Agence Spatiale Européenne) et industriels européens.

Son objectif : répondre aux attentes du marché en développant des solutions à coûts optimisés pour le lancement des charges moyennes et lourdes. Outre l'arrivée de nouveaux acteurs très compétitifs (en particulier l'américain Space X et son lanceur Falcon 9), le marché des lanceurs spatiaux se caractérise par une demande de plus en plus forte, avec, par exemple, le développement d'Internet par satellite, et un nombre croissant de chaînes de télévision émettant par ce biais. Le nouveau lanceur européen sera décliné en deux versions : 
- Ariane 6-2 pour les lancements de satellites légers, jusqu'à cinq tonnes, pour les missions institutionnelles (observation de la Terre, programmes scientifiques et militaires…), 
- Ariane 64 qui permettra de lancer des satellites lourds ou d'effectuer des lancements doubles pour le compte d'opérateurs privés, avec une capacité d'emport de 10,5 tonnes.

 

Au lendemain de ce conseil ministériel Airbus Group et Safran ont annoncé la création de leur joint-venture, « Airbus Safran Launchers »… 

Oui, le principe de cette société commune 50/50 avait déjà été annoncé en juin dernier : il a depuis été présenté aux instances représentatives du personnel concernées. Le 3 décembre 2014, Airbus Group et Safran ont créé une joint-venture qui, dans une première phase, assurera le pilotage de leurs programmes civils et regroupera leurs principales participations dans le domaine des lanceurs spatiaux. Baptisée Airbus Safran Launchers, cette société sera opérationnelle le 1er janvier 2015 et comptera 450 personnes, dont deux tiers provenant d'Airbus et un tiers de Safran (une centaine de collaborateurs de Snecma Vernon, et une quarantaine d'Herakles Le Haillan). L'objectif de cette JV est de maintenir le niveau exceptionnel de qualité et de fiabilité d'Ariane 5, tout en développant une famille de lanceurs spatiaux de nouvelle génération compétitifs, de nature à conforter le leadership de l'Europe dans l'industrie spatiale. A terme, la nouvelle entreprise intègrera également les principaux sites industriels d'Airbus Group et Safran dans le domaine des lanceurs spatiaux et militaires en France et en Allemagne, et comptera environ 8 000 collaborateurs. 

Quelles sont les prochaines étapes ? 
Point important en matière de gouvernance, la création de la joint-venture suppose de fait un accord de principe pour le transfert à Airbus Safran Launchers des actions Arianespace, détenues par le Centre National d'Etudes Spatiales (CNES) et représentant 35 % du capital. En d'autres termes, afin de développer toutes les synergies envisagées dans le cadre de la joint-venture, nous souhaitons assumer notre responsabilité sur l'ensemble des activités de propulsion spatiale : depuis la définition du lanceur jusqu'aux opérations de lancement, en passant par la politique commerciale. Nous devrons donc, au cours du premier semestre 2015, trouver un accord entre tous les acteurs – Airbus, Safran, l'Agence des Participations de l'Etat, le CNES et l'ESA – sur les modalités de cette opération. Cette nouvelle gouvernance reposera sur un partenariat public / privé, fonctionnant en toute transparence, et plus simplement qu'aujourd'hui : c'est aussi cette organisation plus efficace qui permettra de rendre Ariane 6 plus compétitif que son prédécesseur. Airbus Safran Launchers entrera dans sa deuxième phase en janvier 2016, et nous mettrons dès lors en oeuvre sur Ariane 5 toutes les synergies permises par la joint-venture. A plus long terme, après une période de développement de quatre à cinq ans, Ariane 6 effectuera son premier vol en 2020, et le programme devrait atteindre sa pleine capacité de production en 2023. A partir de cette date, le lanceur devra être suffisamment compétitif pour rester le leader mondial des lancements commerciaux et satisfaire les besoins en lancements institutionnels, sans s'appuyer sur des financements de soutien à l'exploitation. 

Pour consulter le site du Centre National d'Etudes Spatiales (CNES) cliquez ici : Site du CNES

Les évolutions du nouveau lanceur 
L'architecture du nouveau lanceur été optimisée : le premier étage sera composé de boosters P120 (deux sur Ariane 62 et quatre sur Ariane 64) à propulsion solide, produits par Herakles et Avio dans le cadre de leur coentreprise 50/50, Europropulsion. Adaptés de ceux qui équipent la fusée Vega, ces boosters seront également utilisés sur la prochaine évolution du lanceur italien. L'étage central à propulsion cryotechnique, inspiré de celui d'Ariane 5 ECA*, sera équipé du moteur Vulcain 2+ réalisé par Snecma. Enfin, l'étage supérieur permettra de réutiliser le moteur ré-allumable Vinci à propulsion cryotechnique, développé par Snecma pour Ariane 5 ME (Midlife Evolution), version optimisée d'Ariane 5. Cette recherche de synergies à tous les étages est l'un des facteurs-clés qui va permettre de réduire de 40 % le coût moyen du lancement d'Ariane 6, par rapport à son prédécesseur. La quasi-totalité des développements réalisés pour cette version d'Ariane 5 seront réutilisés sur Ariane 6. 

*Version d'Ariane 5 capable de placer 10 tonnes en orbite de transfert géostationnaire.

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