Lanceurs spatiaux : l’accord Safran-Airbus Group

Airbus Group et Safran ont annoncé le 16 juin dernier la création d’une joint-venture à 50-50 regroupant leurs activités dans le domaine des lanceurs spatiaux. L’éclairage de Jean-Lin Fournereaux, Directeur Central Groupe, Espace, sur cette alliance stratégique entre deux acteurs clés du secteur.

Pouvez-vous nous en dire plus sur la stratégie d'Airbus Group et Safran dans les lanceurs spatiaux ?

L'industrie spatiale vit actuellement des changements importants à l'échelle mondiale. Aux Etats-Unis notamment, des investissements massifs sont en cours et de nouveaux acteurs ont émergé en tant que concurrents de premier plan, comme les américains SpaceX ou Orbital ATK dans le domaine des lanceurs spatiaux. Globalement, l'industrie spatiale s'ouvre à des clients de plus en plus divers : en témoigne notamment l'intérêt grandissant de sociétés comme Google ou Yahoo pour des lanceurs spatiaux à moindre coût. A titre d'exemple, Google a racheté en avril dernier la société Titan Aerospace, qui développe des planeurs solaires, dans l'objectif de remplir des fonctions assurées aujourd'hui par les satellites – cartographier la planète, par exemple.
Face à cette nouvelle donne, l'industrie spatiale européenne doit évoluer vers plus d'agilité, grâce à des structures plus intégrées. Dans ce domaine, Airbus et Safran partagent la même vision : nous devons développer et exploiter des lanceurs modulaires et à coûts optimisés.

Quels seront les impacts en termes d'organisation ?

Dans un premier temps, Airbus Group et Safran devraient créer une joint-venture de programmes, regroupant leurs contrats de programmes civils et leurs principales participations dans le domaine des lanceurs commerciaux. A terme, des actifs industriels seraient apportés afin de créer une entreprise à part entière, leader mondial, et détenue conjointement. Les deux groupes soumettront la création de la joint-venture à toutes les procédures de consultation et d'approbation requises, à l'issue desquelles le périmètre de cette société commune pourrait être détaillé.

En ce qui concerne le futur lanceur européen Ariane 6, quelles sont les recommandations d'Airbus et de Safran ?

Nous sommes prêts à proposer à l'Agence Spatiale Européenne (ESA) deux versions du futur lanceur, Ariane 6.1 et 6.2. Ces deux versions seraient constituées d'un premier étage à propulsion solide, comprenant deux boosters P145, et d'un nouvel étage central dérivé de l'actuel et utilisant le moteur cryogénique Vulcain 2 (développé par Snecma), à coût optimisé. La différence résiderait donc dans l'étage supérieur : celui d'Ariane 6.1 serait basé sur un moteur Vinci (développé par Snecma) comme sur Ariane 5ME*, tandis que celui d'Ariane 6.2 serait équipé d'un moteur Aestus (développé par Astrium), comme sur Ariane 5ES**.
Ariane 6.1 permettrait une performance de mise en orbite géostationnaire allant jusqu'à 8,5 tonnes, rendant possible le lancement simultané de deux satellites à propulsion électrique de quatre tonnes – ce qui répond à une évolution majeure du marché depuis deux ans. Ariane 6.2 serait quant à elle destinée à lancer des satellites plus petits, notamment institutionnels.
Nous pensons que cette configuration permettrait de réduire les efforts nécessaires au développement d'Ariane 6, tout en répondant aux objectifs de performance et de coûts exprimés par l'ESA. En outre, elle apporterait la nécessaire modularité demandée par les clients, et présenterait des synergies intéressantes pour l'ensemble des lanceurs européens, Vega inclus.

Quelle est la feuille de route d'Ariane 6 pour les années à venir ?

Avant même Ariane 6, la feuille de route de l'ESA prévoit la mise en service d'Ariane 5 ME dès 2017. Concernant le programme Ariane 6, sa configuration doit encore être finalisée par le Conseil ministériel de l'Agence Spatiale Européenne, prévu en décembre prochain. Toutefois, la feuille de route préliminaire prévoit d'ores et déjà une période de développement de cinq ans, et un vol inaugural fin 2019. Cette hypothèse est réalisable, car la plupart des sous-systèmes de ce futur lanceur, dans la configuration que nous recommandons, peuvent être produits avec l'outil industriel existant – y compris pour la plateforme de lancement d'Ariane 5. Les deux éléments nouveaux sont l'adaptation prévue de l'étage central cryotechnique, ainsi que le booster P145, en cours d'étude chez les acteurs industriels et à l'ESA, depuis l'année dernière.

* Ariane 5ME (Midlife Evolution), programme visant une évolution d'Ariane 5 à l'horizon 2017.
** Ariane 5ES : version d'Ariane 5 conçue pour placer en orbite basse le vaisseau cargo automatique ATV ravitaillant la Station spatiale internationale.

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  • Lire le communiqué publié par l'Elysée le lundi 16 juin 2014
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