Les biocarburants décollent

Produits à partir de cultures non alimentaires, les biocarburants améliorent le bilan carbone de l’aviation. Snecma (Safran) participe à leur certification en les testant sur ses moteurs.

Lors du salon du Bourget 2013, un Airbus A321 en provenance de Toulouse se pose sur l'aéroport parisien de façon habituelle (voir encadré). La nouveauté est qu'un de ses moteurs CFM561 est alimenté par un kérosène contenant 10 % de farnésane. Cette substance est issue de la transformation du sucre de canne en molécules de base (le farnésène) grâce à des micro-organismes qui agissent durant la fermentation. Une fois hydrogénée, la molécule de farnésène devient du farnésane, qui peut ensuite être directement incorporé dans un carburant comme le kérosène pour l'aviation.

Ce vol constituait une première, mais Safran expérimentait depuis longtemps sur ses moteurs d'autres types de biocarburants. En effet, dès 2007, des essais au sol étaient réalisés, suivis d'un premier vol, deux ans plus tard. « Il existe plusieurs familles de biocarburants certifiés pour l'aéronautique, rappelle Francis Couillard, directeur de la politique environnementale de Snecma. Quel que soit le procédé de fabrication, il est important que les biocarburants produits répondent aux mêmes spécifications que le kérosène classique, par exemple pour la tenue en température, la viscosité… Leur usage ne doit nécessiter aucune adaptation de nos moteurs. »

Des biocarburants durables

Deux filières de production des biocarburants sont aujourd'hui certifiées. La première, HEFA (Hydroprocessed Esters and Fatty Acids – esters et acides gras hydro-traités) permet de produire à partir d'huiles extraites de plantes oléagineuses ou de micro-algues. La seconde s'appuie sur le nouveau procédé Fischer-Tropsch qui permet de produire des carburants de synthèse à partir de biomasse lignocellulosique (paille, résidus forestiers, cultures dédiées…), de gaz naturel ou de charbon. Seul point commun à toutes ces techniques : tous les végétaux utilisés proviennent de cultures non alimentaires.

Snecma, acteur de la certification

En tant que motoriste, Snecma est membre de l'organisme international de certification des carburants ainsi que des réseaux industriels CAAFI2 et SWAFEA3. « Notre participation se traduit de deux façons, précise Francis Couillard. D'une part, nous fixons les spécifications de ces carburants. D'autre part, nous réalisons des tests sur nos moteurs afin de vérifier que nos recommandations sont bien respectées. Il nous est d'ailleurs arrivé de rendre un avis négatif pour un biocarburant qui ne répondait pas aux spécifications. »
En cours de certification, le farnésane a passé les premiers tests avec succès : l'analyse des paramètres moteurs enregistrés lors du vol Toulouse - Le Bourget, puis lors d'essais au sol sur le moteur SaM1464, a été concluante. La certification est prévue pour l'été 2014.

Une solution complémentaire

Si la fabrication de ces biocarburants reste encore coûteuse, les probables hausses du prix du pétrole pourraient les rendre plus attractifs. « Aujourd'hui, nous nous limitons à des mélanges 50 % de biocarburant / 50% de kérosène, explique Francis Couillard. Nous sommes également restreints par les capacités de production des biocarburants, encore insuffisantes pour alimenter des vols réguliers. Je reste toutefois convaincu que ces carburants alternatifs vont continuer à se développer, car c'est un complément nécessaire aux efforts que nous menons pour réduire nos émissions de gaz à effet de serre. »

1. Le moteur CFM56 est coproduit par Snecma (Safran) et GE, au sein de CFM International.
2. Commercial Aviation Alternative Fuels Initiative.
3. Sustainable Way for Alternative Fuels and Energy for Aviation – Ce programme, d'une durée de trois ans, s'est achevé en 2011.
4. Le SaM146 est coproduit par Snecma et NPO Saturn, au sein de Powerjet.

Les industriels français se mobilisent pour des biocarburants durables

En organisant le vol « Joining our Energies – Biofuel Initiative France » lors du Salon du Bourget 2013, Airbus, Air France, Safran et Total ont voulu illustrer la capacité technique de l'industrie française à intégrer les biocarburants aéronautiques. Les quatre groupes ont confirmé la nécessité de renforcer la recherche sur le développement des biocarburants durables, en vue de la création d'une filière française. La France dispose de tous les atouts pour créer une chaîne de valeur innovante : fournisseurs de carburant, motoristes, avionneurs et compagnies aériennes, tous ayant des positions de leader mondial dans leur domaine.

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