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Refuel EU : gros plan sur un accord européen majeur pour les carburants durables

Environnement

C’est une décision qui fera date dans l’histoire de la décarbonation du secteur aérien. Après deux ans de négociations, le Parlement européen a adopté* la législation « ReFuel EU Aviation » qui vise à encadrer et favoriser l’incorporation des carburants durables dans l’aviation civile. En tant qu’acteur de premier rang du secteur aéronautique, Safran a participé à l’élaboration de ce projet ambitieux. Tour d’horizon des enjeux liés à « ReFuel EU » et à l’avenir des carburants durables en Europe avec Nicolas Jeuland, expert émérite carburants durables du Groupe et Julien Rossi, Chef du bureau de représentation de Safran auprès de l’Union européenne.

Ciel vu d'avion

En quoi cette législation marque-t-elle un progrès notable vers la décarbonation du secteur aérien ?

Nicolas Jeuland : Avec « ReFuel EU Aviation », l’Union européenne envoie un message fort. L’adoption de cette législation marque en effet un tournant en matière de politiques publiques sur les carburants durables (dits SAF**) en Europe mais aussi dans le monde. Elle est née de la volonté de fixer un cadre réglementaire favorisant la production et l’utilisation des SAF pour remplacer à terme le kérosène. Ce volet essentiel du Pacte Vert pour l’Europe (« Fit for 55 ») contribuera ainsi à l’objectif global fixé par l’Union européenne d’une baisse de 55 % des émissions nettes de gaz à effet de serre d’ici 2030, par rapport à 1990. 



Avec « ReFuel EU », les fournisseurs de carburants seront désormais contraints de mettre à disposition une quantité minimale de SAF dans les aéroports européens. Autrement dit, leur usage ne reposera plus uniquement sur la base du volontariat, mais sur la contrainte. Cela permet non seulement de mener une stratégie de décarbonation cohérente à l’échelle de l’Union, mais également d’éviter les risques d’une concurrence déséquilibrée en mettant tous les fournisseurs européens sur un même pied d’égalité. Cela permet surtout de donner un signal clair aux investisseurs et aux producteurs pour créer le marché des SAF européen. Ils savent maintenant qu’il y aura une demande de manière certaine !



Cette incorporation augmentera progressivement tous les 5 ans : au moins 2 % en 2025, 6 % en 2030, jusqu’à atteindre 70 % en 2050. « ReFuel EU » témoigne donc d’une véritable volonté d’accélérer le développement de la filière des SAF pour être à la hauteur du défi climatique.

 

Quels sont les principaux défis à relever pour faciliter le développement de la filière des SAF en Europe ?

N. Jeuland : Actuellement, le principal frein au développement des SAF est leur coût, qui est en moyenne quatre à six fois plus élevé que celui du kérosène classique. L’offre reste également insuffisante pour répondre aux besoins des industries aéronautique et maritime. Malgré ces obstacles, la Commission européenne a fait le choix de miser sur les SAF face à l’urgence climatique. Ils constituent, de fait, l’alternative la plus rapide à mettre en place pour décarboner le transport aérien. En effet, d’un point de vue technologique et logistique, ils ne nécessitent pas de changements majeurs : les SAF peuvent être utilisés directement sur les aéronefs actuels. D’où l’importance d’une législation comme « ReFuel EU » dont le but premier est de poser les bases d’une véritable politique européenne dans ce domaine. 



À cela s’ajoutent plusieurs défis à relever en termes de business model et de concurrence pour les fournisseurs et les compagnies aériennes. Comment encourager le développement des SAF tout en s’assurant que ces acteurs ne seront pas pénalisés par rapport à la concurrence étrangère, notamment sur les vols long-courriers ? Bien qu’il existe de nombreuses aides de l’Union européenne permettant de réduire ces surcoûts (aides à l’investissement, aides à la recherche…), l’un des enjeux à l’avenir sera de mettre en place des mécanismes de protection économique spécifiques pour compenser d’éventuelles pertes. 

 

Quel est le rôle de Safran dans la mise en œuvre de cette législation ?

Julien Rossi : Fidèle à son engagement, Safran mettra à contribution son expertise et ses savoir-faire pour atteindre les objectifs fixés par « ReFuel EU ». Ainsi, en plus d’avoir participé à son élaboration, le Groupe a été sollicité en 2022 pour prendre la tête du pilier « Aviation » de l’Alliance « Renewable and Low Carbon Fuels » (RLCF). Lancée par la Commission européenne, suite notamment à une proposition de Safran, cette alliance joue un rôle stratégique dans la mise en œuvre des mesures de « ReFuel EU ». 



N. Jeuland : En tant qu’équipementier, les principaux défis pour Safran dans le développement des SAF sont d’ordre technologique et commercial. Sur le plan technologique d’abord, le Groupe devra être au rendez-vous c’est-à-dire être capable de garantir la compatibilité des SAF tout en augmentant le seuil d’incorporation – qui est à 50 % actuellement – pour répondre à la hausse de la demande. Sur le plan commercial, le Groupe jouera un rôle de facilitateur dans les discussions entre les différents acteurs qui composent l’Alliance RLCF – qu’il s’agisse de producteurs de carburants ou d’institutions financières par exemple. 



J. Rossi : « ReFuel EU » n’a pas été pensé comme un aboutissement, mais comme un premier acte posant les bases d’une politique européennes sur les SAF. C’est une étape incontournable vers la décarbonation du transport aérien qui devra être suivie d’autres mesures toujours plus ambitieuses. Safran se tient prêt pour accompagner et contribuer à ces changements.

*Le Conseil des ministres de l’Union européenne devrait quant à lui donner son accord formel d’ici quelques jours.

**SAF : Sustainable Aviation Fuels. 

Zoom sur les carburants de synthèse

Avec « ReFuel EU Aviation », les carburants de synthèse (aussi appelés e-fuels) ne sont pas en reste. Le texte prévoit en effet que les carburants fournis dans les aéroports européens en contiennent au minimum 1,2 % d’ici 2030.

Pour rappel, les e-fuels sont produits à partir d'hydrogène conçu par électrolyse de l'eau avec de l'électricité bas-carbone ainsi que du CO2 capté dans l'atmosphère ou dans les fumées industrielles.