Fabrication additive et maintenance

Dans le cadre d’un dossier sur le MRO et la fabrication additive, l’hebdomadaire Air & Cosmos a publié dans son numéro du 14 octobre dernier, une interview de Thierry Thomas, directeur du centre de compétences industrielles Safran Additive Manufacturing, au sein de Safran Tech. Nous reproduisons ici cette interview avec l’aimable autorisation d’Air & Cosmos

Air&Cosmos - Que pensez-vous de la fabrication additive ?

Thierry Thomas – La fabrication additive une rupture qui va nous donner la possibilité de proposer des améliorations ou de nouveaux produits et services à nos clients, car ces technologies vont nous permettre de réaliser certains des « rêves » de nos ingénieurs. Techniquement, les technologies de fabrication additive vont permettre d'être moins limité par les moyens de production et de pouvoir nous laisser guider par la physique jusqu'à la réalisation du produit. Du point de vue de la production, la fabrication additive va permettre de gagner en souplesse au niveau logistique en n'imposant plus des délais qui se comptent en mois aujourd'hui pour l'approvisionnement des bruts. La fabrication additive va également permettre d'améliorer encore notre empreinte écologique en limitant la matière mise en oeuvre et en permettant d'optimiser encore plus nos produits. Pour moi, la fabrication additive ne va pas remplacer les autres procédés mais va être une nouvelle possibilité offerte aux bureaux d'études et aux industriels pour optimiser leurs réalisations. Elle va pousser les procédés classiques à progresser encore plus vite. À la fin, c'est le ratio coût/performance qui sera l'arbitre.

La matière première, sous forme de poudre métallique, est injectée dans une buse pour former un jet homogène. En traversant le faisceau laser, la poudre est fondue et forme une première
couche. La pièce se crée par couches successives. Cette technique est préconisée pour la réparation de pièces métalliques, l’ajout de fonctions ou la fabrication de matériaux à gradients.

Ici, pièce de démonstration en titane
Laser Metal Deposition (LMD)

A&C – Selon vous, cela peut-il changer beaucoup de choses pour les différents acteurs de la maintenance, aussi bien avion que moteur ? 

Th. Thomas - Du point de vue de la maintenance, la fabrication additive va permettre de proposer de nouvelles solutions de réparations compte tenu des spécificités de ces technologies et de disposer de pièces de rechanges plus rapidement. Bien entendu, cela ne pourra se faire que lorsque leur version fabrication additive sera certifiée. La certification est un sujet de premier ordre dans nos métiers car seuls les détenteurs du certificat de type, leurs délégataires et les concepteurs garants des règles et des critères de conception, sont en mesure de justifier, suivant des règles bien établies, que les nouvelles méthodes mises en oeuvre sont compatibles avec l'intention initiale.

 

A&C - En ce qui concerne les moteurs CFM, qu'est-ce que cela va changer ?

Th. Thomas - Les moteurs CFM - LEAP profitent déjà de cette rupture technologique. Durant le développement, la fabrication additive a été très largement utilisée pour disposer du maximum de flexibilité pour les moyens d'essais et nous adapter, jusqu'au dernier moment, aux besoins des concepteurs. Cela a permis également de tester plus de configurations difficiles à discriminer numériquement. Pour ce qui concerne la série, il est bien connu que GE a introduit des pièces fabriquées en fabrication additive.

 

A&C - Comment allez-vous vous préparer, qu'est-ce que cela va changer, bouleverser vos process ?

Th. Thomas - Encore une fois, c'est le rapport coût / performance (performance au sens large) qui va être le moteur principal. Donc, là où la technologie de fabrication additive nous permettra d'être plus performants, plus agiles et plus efficace dans notre façon de soutenir nos clients, elle sera introduite. Nous travaillons depuis plus de dix ans sur la fabrication additive métal, et nous avons déjà fait voler de nombreuses pièces de fabrication additive, lors de nos derniers développements qui aboutiront chez Safran Helicopter Engines, notamment à une insertion en série sur le moteur Arrano.

Nous avons renforcé notre dispositif de recherche en créant Safran Additive Manufacturing, un centre de compétences industrielles, au sein de Safran Tech, qui est en charge de conduire des recherches sur notre plate-forme de Saclay, de nouer les partenariats idoines et d'accompagner les sociétés du Groupe pour s'approprier ces technologies, dans les bureaux d'études, les usines et la supply-chain. Par ailleurs, nous travaillons en étroite relation avec les autorités de certifications AESA et FAA afin de nous assurer que l'ensemble des données et des processus de justification et de contrôle seront en place, en phase avec les besoins opérationnels. Les changements vont être accompagnés dans nos usines et la supply-chain dans le respect de nos processus et de nos engagements vis-à-vis des autorités et de nos partenaires. Cela ne devrait pas bouleverser plus nos process que ce qui a pu se passer dernièrement lors de l'introduction de nouveaux matériaux ou de nouveaux procédés, comme le traitement de surface. Il s'agit d'appliquer consciencieusement les règles qui gouvernent nos métiers : sécurité, rigueur, anticipation, justification, traçabilité. Mais, clairement, nous comptons bien sur ces technologies pour continuer à améliorer nos produits et services en soutien des besoins de nos clients, en les intégrant à d'autres innovations induites par notre approche systémique intégrée.

 

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